3.10.07

Etat des lieux

En ce début de 3ème millénaire, les scientifiques « référents », bien que généralement sujets à querelles chroniques, s’accordent pourtant à dire que l’énergie que nous utilisons sans compter depuis un siècle pourrait nous faire défaut dans un avenir relativement proche. La relativité en la matière se comptant en décennies. Quatre, cinq, six, peu importe. Le fait est que ces imprécateurs nous prédisent la fin du Dieu Pétrole au cours de ce siècle.

Sommes nous à la veille d’une régression sans précédent ?

La monté en puissance des théories obscurantistes de tous bords, extrémismes religieux de toutes obédiences, succès des thèses politiques totalitaires fascisantes, communautarisations galopantes, baisse généralisée du niveau culturel des « masses populaire », tendraient à nous confirmer la mise en place d’un terreau favorable.

Les modèles politiques, culturels, intellectuels et économiques qui ont présidé à l’évolution de sociétés occidentales semblent avoir atteint leurs limites. Nous nous sommes endormis sur nos richesses éphémères. Pour la première fois dans l’histoire récente de notre civilisation, nous n’avions pas à nous poser la question de notre survie immédiate. Du coup, nous avons totalement oublié de nous poser celle de notre évolution future. Bercés par les sirènes de la facilité, nous avons dilapidé sans compter, pillant sans vergogne ceux que les circonstances, ou le hasard, on rendu plus faibles à un moment essentiel de leur histoire. Aveuglement des humains repus. Pourquoi se fatiguer inutilement quand l’énergie coule à flot ?

Illusion savamment entretenue par ceux qui en tirent des profits faramineux. Gouvernements fantoches corrompus par des multinationales pétrolières aux pouvoirs sans limites qui n’ont de cesse que de les brosser dans le sens du poil… « le flatteur vit toujours aux dépens de celui qu’il flatte ». Oui, nous pouvons nous laisser bercer, nos élites pensent pour nous. Foutaises ! Nos pseudo élites se sont enrichies sur notre dos, mettant en place les outils de l’asservissement de demain.

Les Maitres ont tiré les leçons de l’erreur dramatique commise il y a quelques décennies et ont entrepris d’y remédier. Une masse populaire instruite possédant des outils de réflexion devient inévitablement ingouvernable. Toutes les religions qui ont commis l’erreur de ne pas le comprendre l’ont payé de leur existence. Seuls des esprits rigoureusement formatés peuvent admettre des évidences assénées.

« Chercher à comprendre les femmes », disait Sacha Guitry, « c’est commencer à ne plus les aimer ». Cette phrase trouve universellement sa place dans notre monde… Chercher à comprendre ses élites, pour le petit peuple, c’est commencer à ne plus les aimer. Une masse ayant les outils intellectuels pour chercher à comprendre n’adulera plus ses élites que si elles en sont dignes. Le droit divin perdra irrémédiablement son aura au profit du mérite intellectuel.

Qu’à cela ne tienne ! Même si l’opération n’est pas facile, il est toujours possible d’inverser le cours de l’histoire. Abaisser le niveau intellectuel des masses n’est pas une évolution à court terme. Mixage des populations sans intégration adaptée, création de ghettos culturels de fait, adaptation des programmes de formation à la stratégie envisagée sont des armes redoutables au service de l’abrutissement populaire.

L’idée géniale est de fabriquer des individus mono taches, particulièrement performants dans un domaine spécifique et totalement incultes dans tous les autres. Il suffit pour cela de ne leur donner que les outils de réflexion dont ils auront besoin pour parvenir à l’objectif qu’on leur a fixé et aucun autre. Le système de formation des Américains, notamment est d’une efficacité redoutable en la matière. L’immense masse des citoyens ordinaires fréquentant les écoles publiques, sont soumis à la pseudo faillite du système. Les ingénieurs sortant des universités américaines, eux même, à l’exception de Yales et Berkley, n’ont reçu au cours de leur formation, et j’ai eu l’occasion de le vérifier à maintes reprises, que des enseignement techniques, certes très poussés, mais aucun précepte de culture générale. Cette configuration produit des techniciens de haut niveau que les élites, sortant des deux universités protégées réservées aux dynasties dirigeantes et à quelques élus, n’ont aucun mal à manipuler. Admettre cela permet de comprendre sans mal la logique qui a permis de porter au pouvoir un abruti notoire, et avant lui, quelques autres présidents dont l’intellect n’était pas la qualité qui venait à l’esprit à priori quand on parlait d’eux. Un pays intellectualisé de la sorte est aisé à gouverner. A l’image d’une fourmilière, chacun y a sa place et la majorité m’imagine même pas d’en changer… les ouvriers oeuvrent, les ingénieurs s’ingénient dans leur domaine, les élites dirigeantes dirigent… et la collectivité avance, sans se poser de question.

« Heureux les simples d’esprit, le royaume des cieux leur appartient ». La conscience de cette réalité ne date pas d’aujourd’hui. Toutes les églises, et l’église catholique romaine au premier rang d’entre elles, ont assis une grande partie de leur pouvoir dessus. Peut-être faut-il voir là, et dans la séparation des pouvoirs, l’une des causes de leur déclin.

Si on observe le monde à la lumière de cette vision, on constate que les pays à situation économique florissante, type Japon, Chine, Corée etc… bien que régis par des systèmes politiques apparemment très différents, reposent sur une même logique intellectuelle : l’abrutissement des masses au seul profit d’une « élite ». De la naissance au tombeau, l’inexorable logique du pouvoir en place prend en charge l’insignifiante vie de ceux qui ne sont pas nés du bon côté de la barrière.

L’efficacité de ce système semble résider en la capacité de la caste dirigeante à faire admettre aux régentés que leur bonne volonté et leur sacrifice est la seule alternative possible à la survie de leur environnement fasse à l’adversité mondiale.

Edith Cresson fut immolée en son temps pour avoir comparé la société japonaise à une fourmilière. L’analyse, bien que peu diplomatique, avait le mérité d’être rigoureusement exacte à l’époque où elle fut faite. L’évolution qui suivit nous montra à quel point elle était juste. Le déclin économique du Japon débuta lorsque la jeunesse rompit de cycle. La volonté de la nouvelle génération, intellectuellement plus évoluée que ses parents, de « profiter de la vie » fut probablement l’un des catalyseurs de l’inexorable déclin de l’Empire nippon.

Faut-il en conclure que l’inéluctable destin d’une société intellectuellement évoluée est l’autodestruction ? La logique pure incite malheureusement à le penser.

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